Transformer l'ancien en électrique : Convertir les bus diesel plutôt que de les remplacer
St. Gallen, 30.06.2026 — Selon une étude de l’Empa, la conversion des bus diesel existants à la propulsion électrique permettrait d’électrifier l’ensemble du réseau européen de bus environ 15 ans plus tôt. Cela profiterait non seulement à l’environnement, mais aussi aux exploitants de bus. Grâce aux économies réalisées, ceux-ci pourraient étendre l’offre de transports en commun, et ce sans avoir besoin de mettre en place de nouvelles infrastructures importantes.

Le transport est l’un des principaux « chantiers » sur la voie de la neutralité carbone. Les véhicules électriques remplacent les véhicules à combustion ; la part de transports publics doit augmenter, tandis que celle du transport individuel doit plutôt diminuer. Les bus constituent à cet égard une option particulièrement intéressante pour développer les transports publics : contrairement au transport ferroviaire, ils ne nécessitent pratiquement pas de nouvelles infrastructures. Si, parallèlement à l’augmentation des capacités des bus, le transport individuel motorisé diminue, il y aura suffisamment de place sur les routes existantes pour accueillir des bus supplémentaires.
Pour remplir leur mission dans une optique de durabilité, les bus doivent toutefois fonctionner à l’électricité. Aujourd’hui, les bus diesel sont de plus en plus remplacés par des bus électriques. Ce processus n’en est toutefois qu’à ses débuts : en 2023, à peine 3 % de tous les bus circulant sur les routes européennes étaient électriques. « Si la flotte de bus reste constante, il faudra attendre au moins jusqu’en 2055 pour que plus de 95 % de tous les bus européens soient remplacés par des bus électriques », explique Harald Desing, du département Technologie et Société de l’Empa à Saint-Gall. « C’est après 2050, l’année où l’objectif de zéro émission nette devrait être atteint en Europe et en Suisse – et de nombreux pays et régions se sont fixé des objectifs encore plus ambitieux. »
Dans un article récemment publié dans la revue spécialisée « Environmental Research: Infrastructure and Sustainability », Harald Desing a donc étudié le potentiel d’une autre approche. « Si nous convertissons les bus existants à la propulsion électrique au lieu de les remplacer par des nouveaux, nous parviendrons à l’électrification complète du parc de bus environ 15 ans plus tôt – tout en réduisant les émissions et en économisant des matières premières », explique le chercheur.
Une conversion simple pour réduire les émissions
Dans le cadre du projet de recherche européen « CircEUlar », Harald Desing a examiné en détail le potentiel de ce que l'on appelle l'« e-retrofitting « pour le parc de bus européen. Son étude montre que cette conversion serait techniquement et économiquement réalisable. » Il existe déjà aujourd’hui des entreprises qui proposent des retrofits électriques pour les véhicules diesel et essence «, explique le chercheur. Le grand avantage pour les bus : le procédé et les composants nécessaires pourraient être standardisés. » Contrairement à la grande diversité des voitures, il n’existe que peu de séries de modèles de bus urbains, mais ceux-ci sont produits en très grand nombre », précise Harald Desing.
La durée de vie moyenne d’un bus diesel en Europe est d’environ 20 ans. Les véhicules hors d’usage sont ensuite généralement vendus à d’autres pays, où ils continuent de rouler pendant de nombreuses décennies – et de générer des émissions. « Ce n’est pas la solution la plus durable. Le changement climatique ne s’arrête pas aux frontières nationales », déclare Harald Desing. La conversion empêche que le bus continue à fonctionner au diesel ailleurs – et la conversion elle-même génère environ 20 à 50 % d’impact environnemental en moins par bus que la production d’un bus neuf.
Pour transformer un bus diesel en bus électrique, il suffit essentiellement de remplacer le moteur et la boîte de vitesses. Le pot d’échappement et le réservoir de diesel sont remplacés par des batteries. Les éventuels systèmes auxiliaires pour la climatisation, le système de freinage et l’assistance à la direction peuvent être convertis relativement facilement en petits moteurs électriques. « Grâce à des kits de conversion standardisés, une conversion individuelle ne prendrait que quelques jours. L’électrification de la flotte pourrait ainsi se faire sans impact majeur sur l’exploitation courante », explique le chercheur. De plus, les pièces démontées sont en grande partie composées d’acier et d’aluminium et peuvent être recyclées.
Une transition plus rapide et moins coûteuse vers une flotte de bus électriques
Autre avantage de la modernisation : les exploitants de flottes n’auraient pas à attendre la fin de la durée de vie de 20 ans de leurs véhicules ni à la raccourcir artificiellement, mais pourraient procéder à la conversion à tout moment. La durée de vie pourrait même s’en trouver prolongée : « Aujourd’hui, les bus sont remplacés parce qu’ils ne respectent plus les normes d’émissions modernes, notamment en matière de particules fines ou de bruit », explique Harald Desing. « Lorsque le moteur est remplacé, la carrosserie et l’aménagement intérieur peuvent souvent rester en service bien plus longtemps. » Les exploitants d’autobus réalisent ainsi des économies à long terme. Ces économies pourraient également être investies dans l’extension de la flotte d’autobus.
L’infrastructure de recharge supplémentaire pour les bus électriques n’a pas fait l’objet de l’étude de Harald Desing. Le chercheur est toutefois convaincu qu’elle pourrait être mise en place relativement facilement. « Dans les endroits où des caténaires existent déjà, les bus peuvent par exemple être rechargés pendant la conduite », précise le chercheur. Cela permettrait même de réaliser des économies supplémentaires lors de la modernisation, car une batterie plus petite suffirait.
Pour poursuivre cette stratégie prometteuse, il faudrait normaliser et déployer à grande échelle la technologie d’électrification a posteriori. Bien que son étude se soit concentrée sur le parc de bus européen, Harald Desing entrevoit également un potentiel pour d’autres pays et régions – ce qui devrait toutefois faire l’objet d’une analyse plus approfondie dans un premier temps. On pourrait également envisager l’électrification a posteriori des poids lourds, qui circulent en nombre encore plus important sur les routes.
Littérature
H Desing: E-retrofitting can accelerate Europe’s bus fleet electrification by 15 years; Environmental Research: Infrastructure and Sustainability (2026); doi: 10.1088/2634-4505/ae464b
Informations
Dr. Harald Desing
Technologie et société
Tél. +41 58 765 75 13
harald.desing@empa.ch